À 44 ans, Serena Williams a créé la sensation cette semaine en signant un retour victorieux en double au tournoi du Queen’s, quatre ans après ses derniers coups de raquette en 2022. Au-delà de sa victoire aux côtés de la jeune Canadienne Victoria Mboko, c’est la condition physique étincelante de la légende aux 23 titres du Grand Chelem qui a bluffé le public londonien. Un retour au sommet de sa forme que l’Américaine attribue sans tabou à une classe de médicaments révolutionnaires : les analogues du GLP-1.
Le déclic : 15 kilos perdus et des risques cardiaques écartés
Après la naissance de ses enfants, Serena Williams avait confié la difficulté de retrouver son poids de forme, malgré un entraînement intensif et 30 000 pas quotidiens. C’est en associant ses efforts à un traitement par agoniste des récepteurs du GLP-1 qu’elle a finalement réussi à perdre 15 kilos (environ 31 à 34 livres).
Au-delà de l’aspect esthétique et du soulagement de ses douleurs articulaires sur le court, ce traitement a eu un impact médical direct sur sa santé en faisant chuter son taux de cholestérol. « J’avais des facteurs de risque de maladie cardiaque sans même le savoir. C’est la première cause de mortalité aux États-Unis, j’aurais pu faire partie des statistiques », confiait-elle récemment.
Comment fonctionne ce « remède miracle » ?
Le GLP-1 est une hormone intestinale qui régule naturellement la satiété et la glycémie. Les molécules comme le sémaglutide (commercialisé sous les noms d’Ozempic ou Wegovy) ou le tirzépatide (Zepbound, Mounjaro) miment cette hormone pour ralentir la vidange de l’estomac et envoyer un signal de satiété durable au cerveau. L’efficacité est telle que les patients perdent en moyenne 15 à 20 % de leur poids sur une année.
Devenue l’égérie officielle de la plateforme de télémédecine américaine Ro dont son mari Alexis Ohanian est un investisseur clé, la championne assume s’astreindre à ce traitement, conscient qu’un arrêt expose généralement à une reprise de poids.
L’avis des experts : Compatibilité avec le sport de haut niveau ?
Si la sémaglutide est actuellement placée sous surveillance par l’Agence mondiale antidopage (AMA), elle n’est pas interdite. Cependant, son usage suscite des interrogations majeures chez les professionnels de la nutrition sportive.
Interrogé par L’Équipe, le nutritionniste du sport Valentin Lacroix invite à la prudence. En coupant drastiquement l’appétit, ces molécules peuvent induire de profonds déficits caloriques en phase d’entraînement intensif. Le risque majeur réside dans la fonte de la masse musculaire et la perte de force athlétique, deux freins évidents à la performance pure. Si le traitement s’avère être un allié de taille pendant les périodes de coupure ou de transition, sa gestion à long terme chez une athlète de niveau mondial reste un défi clinique inédit.
